Quand je ne souris plus

Le sujet dont je vais parler me tient à coeur. Contrairement à mon habitude, difficile pour moi d’y mettre de l’humour, de voir le bon côté des choses, de sourire. En résumé : je n’en peux plus.

Voilà maintenant 25 semaines que j’ai débuté la partie expérimentale de mon travail de master. Comment je sais cela exactement ? Je tiens un journal sur mon ordinateur sur lequel j’écris tout. Ainsi je sais que je passe mes semaines et mes week-ends à l’uni depuis plusieurs mois maintenant.

Au début je jonglais entre cours à l’uni, travail de master et travail prof (un 40%). Cela allait, les cours à l’uni n’étant pas franchement des plus chronophages. Ainsi je pouvais facilement m’occuper de mes souris à l’université entre deux cours. En effet, je travaille avec des souris. Je vous rassure, je ne teste rien sur ces animaux, j’observe un phénomène naturel non documenté dans un milieu de captivité. En résumé, j’étudie la bactérie Borrelia Afzelii et son effet sur son hôte naturel qu’est le campagnol, une souris sauvage. Le but étant de comprendre pourquoi la bactérie ne fait rien à ces souris alors qu’elle peut provoquer la maladie de Lyme chez l’humain. Enfin bref, là n’est pas le sujet.

Ce printemps, j’arrivais encore à aller à l’écurie le coeur léger, à m’occuper de mon cheval sans soucis mais depuis le mois de mai, c’est la débandade et depuis juin, je fais un 70% au travail pour dépanner devant la pénurie de personnel que nous subissons. Le fait de ne jamais avoir congé, de toujours devoir courir au boulot ou à l’université m’use physiquement et mentalement. Je dors mal, je mange mal, j’ai toujours l’esprit occupé, tout me fait ch***. Et les week-end, si j’ai le malheur de vouloir mener une vie normale, il me faut toujours calculer comme intégrer une visite auprès des souris dans la journée.

Vous me direz que cela n’a rien à faire sur un blog de poney et pourtant. Depuis que je ne suis plus capable d’avoir du temps pour moi, je n’arrive pas à en prendre pour mon cheval. Je m’énerve vite, m’irrite à la moindre irrégularité de caractère de ma jument qui a toujours été une perle mais qui, depuis que je ne suis plus moi-même, n’arrive plus à s’appuyer sur moi. Devant mes absences d’esprit, mon manque de motivation et d’envie, elle prend le dessus mais ne sait pas trop comment réagir. Ainsi nous sommes passées par une phase où tout lui faisait peur… chaque brin d’herbe. Ma Lola avoir peur et me faire des écarts suffisamment violents pour me faire tomber, vous imaginez ? Et bien moi j’ai eu du mal… Et puis il y a cette phase où mon cheval me fuit au parc. Même avec un bidon de nourriture, elle ne veut rien savoir du poison mental que je suis devenue. Les autres gens continuent de s’extasier sur son côté câlin dont je suis privée…

Je me suis réfugiée dans le sport que je pratique à fond. Là au moins je ne peux m’en prendre qu’à moi-même si ça ne va pas (et d’ailleurs, ça ne va pas comme je veux). Avec ma jument aussi c’est de ma faute, mais reste le fait qu’on est 2 et qu’il est toujours plus facile de s’énerver sur l’autre. Que doit-elle penser de moi ? « Et m… vlà la grande grinche qui vient encore me faire ch***…. » Elle n’aurait pas tort de le penser.

Nous avons toutefois eu un moment de répit dans ces bas-fonds mentaux. Fin juin, nous avons eu l’immense honneur de participer à un festival d’art à Fribourg (le festival du belluard). Nous faisions partie d’un tableau vivant avec Lola. Tous les soirs, j’apparaissais, vêtue d’une grande robe, chevauchant ma fidèle Lola au milieu d’une clairière, à contre jour, escortée d’un nuage de fumée. Durant ces 10 jours de festival j’ai pris congé au travail et quelque part, le fait d’être seules, toutes les deux, nuits après nuits au milieu d’une clairière, cela nous a à nouveau rapprochées. Mais dès que le travail a repris, c’était fini.

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La situation est temporaire certes, d’ici novembre/décembre tout devrait revenir à la normale, mais reste qu’en attendant c’est difficile. J’ai pris la décision de remettre ma jument en stabulation. J’ai trouvé une structure immense, bien conçue (type circuit) qui accueille 5 chevaux maximum. C’est une délivrance pour moi que de me dire qu’elle aura davantage de mouvement, que du coup elle m’en voudra moins si je viens moins (ou plutôt je m’en voudrai moins).

Vous pensez peut-être que c’est de la faiblesse ou un manque de passion voire d’amour dirons certains. Pensez ce que voulez, moi je ne pense plus, je subis…. Mais au final, c’est bien par amour que je ne vais plus infliger ma présence empoisonnante à ma jument et de toute façon, à part pourrir notre relation, je ne fais rien de constructif.

Et pour finir, je vous mets une vidéo d’un petit oiseau gourmand… je lui tends une frite du macdonald que je viens d’aller me chercher alors que je suis assise sur le quai de gare à attendre mon train pour faire un énième voyage, toujours le même. Je suis rentrée d’une semaine de vacances hier qui, je l’espérais, allait m’aider à faire le vide. Et aujourd’hui j’ai passé 10h à bosser à l’uni, sans même une pause pour manger. Tout est redevenu comme avant.

Cet article n’a pas pour but de me lamenter (ou peut-être un peu, je ne sais pas honnêtement). Je sais que de nombreux cavaliers vivent des situations difficiles avec leurs chevaux, que ce soit à cause du travail ou autre pression. Je ne parle toujours que du bien qui nous arrive avec ma Lola. Mais sachez que même les grandes histoires d’amour ont des bas. J’espère juste qu’il ne nous est pas possible de creuser encore plus bas.

3 commentaires sur “Quand je ne souris plus

  1. Que dire, « Le poney » ? Qu’il est normal de ne pas pouvoir être à la fois au four et au moulain, efficace et avec le sourire en toutes circonstances ? Que tant va la cruche à l’eau… Et aussi : quelle sagesse de savoir s’éloigner quelque peu de sa partenaire, momentanément, quand le temps passé ensemble devient une corvée pour toutes les deux.

    Je t’envoie bien du positif et tous mes voeux de réussite pour ce travail de recheche. Quant au poney… il saura t’accueillir, une fois ce marathon passé. Courage!

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  2. Trop bien cette expérience au festival !

    Il ne faut pas t’en vouloir ou te sentir mal. C’est loin d’être de la faiblesse ! Au contraire, c’est du respect envers elle 🙂 Novembre/décembre sera vite là. Il vaut mieux aller la voir et lui dire coucou que de la monter, être pas bien et avoir une séance négative qui n’amènera rien de bon. Je l’ai bien vu avec Fiona, si je suis de mauvaise ou fatiguée, ça ne sert à rien que j’aille la voir. En plus tu lui as trouvé cette super pension où elle est bien et y mène sa petite vie tranquille 🙂 si elle travail pas ou peu jusqu’en novembre, ce n’est pas grave. Vous profiterez à fond après tout ça 🙂
    Je te dis merde pour tout ce travail et réussite ! Bon courage 😉

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  3. Savoir reconnaître qu’il est parfois nécessaire de lâcher l’autre dans une relation (avec les humains ou avec les animaux) me semble être d’une grande sagesse. Ne vous en voulez pas, la culpabilité est mauvaise conseillère. Et sans doute dans quelques temps vous nous parlerez de vos retrouvailles ☺️

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